ON A RETROUVE LAGUIGUI !
Ca faisait quelques temps déjà que David P. me parlait de ses escapades toulousaines avec Laguigui, graphiste cultissime inconnu des jeunes générations, qui a marqué au bic rouge tous ceux qui ont eu la bonne idée de faire du skateboard à la fin des années 80…
Ses dessins drolatiques et complètement dégénérés paraissaient dans la revue Noway et faisaient écho à une pratique du skate qui me semblait plus sauvage et libertaire qu'aujourd'hui. Et puis quel plaisir avions nous gens du Sud à tracer au milieu de ses fresques dessinées à même le sol du skatepark des P’tits pois sauteurs de Blagnac. Skatepark mythique dont Laguigui fût l’un des principaux artisans.
Aussi, pour ce Noir de cou spécial skate à paraître très très bientôt, qui mieux qu’un Laguigui qui s’est donné corps et âmes à la planche à roulette pouvait-on débusquer pour nous parler de cette époque bénie que fût la période 1987-1992 ?
On est donc allé chez lui à St-Orens en banlieue toulousaine avec David, un soir d’octobre 2009 et on a pas été déçus du voyage… Laguigui nous a accueillis royalement pour un tour complet de ses nombreuses activités et lubies.
Il nous a tout sorti : vieux dessins, magazines de skate 80’s, stickers, photo dédicacée de Tony Hawk, commentaires et anecdotes à l’appui. Il nous a expliqué en long, en large et en travers comment les P’tits pois sauteurs étaient nés, comment ils vécurent et aussi comment ils disparurent, avec en trame de fond, ses envies, ses frustrations, et son amour immodéré pour le skate sous toutes ses coutures.
Plus un monologue qu’une interview au final, un point de vue certes partisan mais pertinent et passionnant de bout en bout, et surtout une belle histoire racontée par un chouette mec, dont voici un extrait pour vous mettre en appétit :
« Quand la deuxième génération de skate est arrivée en 87-88, pour moi c'était martien. J’étais resté au slalom et au saut en hauteur… Je suis monté à Paris pour un gros événement de skate, et là j’ai vu des rampes, des gamins décoller du sol avec leurs planches et passer des troncs d'arbres. Je comprenais rien du tout. J'avais 27 ans, imagine. Je suis monté à Paris et j'ai même pas vu Paris, je suis resté au Trocadéro.
Je suis redescendu chez moi avec toutes ces images et ces fantasmes de gamin. Je suis arrivé à Toulouse et là qu'est ce que j’ai fait ? J’étais tout seul comme un connard. Aujourd'hui, un mec de 27 ans en skate, les gens ne le regardent pas. Mais moi, à 27 ans en skate, j'avais pas l'air d'un couillon ! Donc je suis arrivé en skate place du Capitole, il n’y avait pas âme qui vive, alors j’ai commencé à faire des trucs avec des gamins en bicross. Et là ils se sont dit que c'était trop bien.
J’ai commencé à les exciter avec des magazines de skate que mon pote m’avait ramené des USA. Il y avait notamment un Transworld Skateboarding avec des plans de rampes. Ca a été la révélation, j’ai fait Ouahh ! Avec les petits gamins, on a commencé à délirer sur la fabrication de banks. Donc sans le savoir, j’ai fait un banks en face d'un autre banks avec un plat, et ça a fait une première rampe.
Du coup on a commencé à récupérer des planches à droite à gauche dans les chantiers. On pillait les chantiers. On attendait que les coffrages soient faits et que les planches de contre-plaqué soient démontées - les coffrages étaient en bois huilé - puis on les piquait pour se faire des banks avec les bicrosseurs.
A cette période, il y avait des gros chantiers : des rocades, des autoroutes, des ponts. On récupérait du bois, en hiver, et on le planquait dans les fossés. On le transportait avec des chariots qu'on fabriquait nous même. Le lendemain, quand on repassait, les mecs des chantiers avaient tout découvert et nous avaient tout chouré. Donc on repartait à poil, à essayer de trouver le moyen de transbahuter quelques planches.
On a finalement rencontré un type de Bordeaux qui était peintre en bâtiment, un surfeur qui avait un camion. Putain, quelle aubaine ! C'était au moment où on construisait un nouveau pont. C'était le Pont St Pierre, avec des coffrages magnifiques tout en bois. C'était un rêve. Les jours, les mois passaient, on regardait en bas, on voyait ces coffrages toujours-là, bien huilés, on attendait l'heure H.
Un jour en passant, j’ai remarqué qu’ils commençaient à enlever les planches. C'était le long des berges de la Garonne, alors on est arrivé en vélos et en mobylettes, pendant la nuit, et on les a prises. Les planches de contre-plaqué faisaient 3m10 par 1m53 de large, on les mettait de travers, on les coinçait sous la selle de la mobylette et on roulait comme ça. On aurait dit les oreilles de Jumbo. »













































